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La prison, une machine industrielle qui déstructure ” La Nouvelle République 07-12-09

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Gabi Mouesca : « J’ai une triple connaissance de la prison, charnelle, humanitaire et politique. »

 

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Gabi Mouesca, militant basque incarcéré dix-sept ans, puis devenu président
de l’Observatoire international des prisons, témoigne de la réalité carcérale.

Il parle sans détours. La réalité des prisons, il l’a connue. Incarcéré dix-sept ans pour son engagement en faveur de la cause basque (lire par ailleurs). Depuis sa libération, Gabi Mouesca n’a de cesse de vivre la prison. Il en parle, il l’écrit et il la vit à travers ses nouveaux engagements. Rencontre, samedi, lors du forum organisé à Poitiers sur les nouvelles formes de la répression (lire « La Nouvelle République Dimanche »).« La réalité des prisons aujourd’hui est-elle différente de celle que vous avez connue comme détenu ? »

« J’ai été libéré en 2001. La prison des années 2000, tous les clignotants étaient déjà au rouge et nous le dénoncions. Depuis, tous les feux n’ont fait que persister et ils s’aggravent. Il y a de plus en plus de gens malades que l’on incarcère. »« Vous présentez la prison comme un outil de gestion de la pauvreté. Qui sont ces plus grands pauvres ? »

« Depuis quelques jours l’administration pénitentiaire a opéré une révolution dans les termes employés. Elle a abandonné un terme moyenâgeux pour les désigner. Elle ne parle plus des indigents, mais des personnes sans ressources suffisantes. Ces pauvres, ils représentent 30 % des 64.000 détenus. De plus en plus, on trouve de grands malades, qui sont les grands pauvres de la prison avec les étrangers. Ils vivent la détention puissance dix. Un détenu, ça coûte 65 € par jour à l’administration, un malade, c’est 450 à 750 € par jour ! Les malades et les mineurs, que moi j’appelle des enfants, n’ont rien à y faire. »« Vous parlez de logique industrielle et économique pour la prison… »

«… Oui, les pauvres, ces socialement inutiles, on leur trouve une utilité sociale, dans les prisons construites par les grands groupes. La prison, c’est la même chose que l’esclavage. Ils rapportent beaucoup d’argent à certains, et c’est détestable. Ils travaillent dans des ateliers où le droit du travail ne s’applique pas pour cantiner et acheter des choses parfois 40 % plus cher que dehors. La prison, c’est une industrie qui déstructure, une machine à broyer. »« Allez-vous jusqu’à défendre la suppression des prisons ? »

« Il faut sanctionner. Ceci dit, on voit que la prison accueille beaucoup de gens pour lesquels elle n’est pas la bonne réponse pour la personne mise en cause et elle n’apporte rien aux victimes. L’abolition de la prison, à l’Observatoire international des prisons, on n’a jamais utilisé ces termes. On a tenté de “ déconstruire ” l’idée que c’était un mal nécessaire, on milite pour les alternatives. Maintenant, j’ai la liberté de dire qu’il ne s’agit pas simplement d’une question de respect des droits des détenus. Il faut se demander qui et pourquoi on met en prison. C’est la misère qu’on incarcère. »« La prison moderne du type de celle Vivonne représente-t-elle pour vous une amélioration de la condition du détenu ? »

« On constate, depuis cinq ans, que la courbe des suicides et tentatives de suicide est plus importante dans les établissements neufs. Quand on discute avec les détenus, on se rend compte qu’ils préfèrent les établissements anciens où il y a plus de rapports humains. La modernité et l’informatique déshumanisent totalement la prison, qui plus est, avec des gens qui sont de plus en plus fragiles. En plus, ce sont des établissements qui sont beaucoup trop grands, ça accroît encore cette déshumanisation-là. »

Propos recueillis par Emmanuel Coupaye (en interview et lors de la conférence)

 

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