Pour le Gisti, Eric Besson « ne répond pas sur le fond » NOUVELOBS.COM | 28.04.2009

28 avril 2009

L’association Gisti accuse le ministre de l’Immigration de ne « pas répondre sur le fond » à sa liste de condamnations qui établit, selon elle, l’existence d’un « délit de solidarité ».

Le ministre de l'Immigration, Eric Besson, le 20 avril à Nantes (Sipa)

Le ministre de l’Immigration, Eric Besson, le 20 avril à Nantes (Sipa)

Le porte-parole de l’UMP, Frédéric Lefebvre, et Eric Besson sont accusés par le Groupe d’information et de soutien des immigrés (Gisti) de ne « pas répondre sur le fond » à sa liste de condamnations qui établit l’existence d’un « délit de solidarité« , selon une déclaration du lundi 27 avril.
Parmi les décisions figurent, a affirmé dimanche Frédéric Lefebvre sur Canal +, un homme condamné « non pas parce qu’il était un passeur mais parce qu’il avait hébergé quelqu’un chez lui en échange de relations sexuelles forcées », ainsi qu’une personne condamnée pour avoir loué « pour des montants intolérables une chambre quasiment insalubre ».

« Manœuvre de diversion »

Le président de cette association de juristes Stéphane Maugendre, interrogé par l’AFP, a indiqué ne pas voir à laquelle des condamnations pour aide à des étrangers en situation irrégulière faisait allusion Frédéric Lefebvre.
« Nous n’avons mis sur cette liste que des gens qui ont été condamnés sur la base de l’article L622-1. Si cette personne a été en plus condamnée pour agression sexuelle, il s’agit d’un autre texte du code pénal », a-t-il expliqué, en référence à l’article L622-1 du Ceseda (Code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile).
« La liste des 30, elle existe, mais le ministre (de l’Immigration Eric Besson, NDLR) n’y répond pas sur le fond », a affirmé pour sa part à l’AFP Serge Slama, juriste au Gisti.
« Soit il répond sur le fond par rapport aux décisions, soit c’est une manœuvre de diversion », a-t-il estimé au sujet des déclarations de Frédéric Lefebvre.

Amoureux

Frédéric Lefebvre a indiqué à l’AFP qu’il visait un arrêt de la cour d’appel de Nîmes du 23 août 2005 et un autre de la cour d’appel de Grenoble du 17 mai 2002.
Selon le fac-similé du premier arrêt diffusé sur le site du Gisti, la cour a condamné sur la base de cet article à 1.000 euros d’amende le prévenu, qui invoquait pour se défendre « le fait qu’il était amoureux de » l’étranger en situation irrégulière qu’il hébergeait.
La cour a relevé que « la brièveté du séjour » de l’intéressé et « ses déclarations démontrent que c’est seulement par opportunisme qu’il a profité, avec, selon toute vraisemblance, pour contrepartie, le bénéfice de quelques faveurs sexuelles accordées à son ‘bienfaiteur’, de l’hébergement qui lui était gracieusement offert et des subsides qui lui ont été octroyés ».

Deux condamnations retirées

En revanche, le second arrêt, mentionné dans la liste de 32 condamnations diffusée le 21 avril par le Gisti, n’apparaît plus sur le site de l’association, qui en comporte désormais 30.
« De la liste initialement mise en ligne, nous avons ôté deux décisions dans lesquelles la condamnation visait, à côté du délit de solidarité, d’autres délits (escroquerie dans l’un des cas, recel dans l’autre) », précise le Gisti dans son texte.
Cette liste est présentée comme une réponse à une lettre d’Eric Besson récusant l’existence d’un « délit de solidarité » et réaffirmant qu’ »en 65 années d’application de la loi, personne en France n’a jamais été condamné pour avoir seulement accueilli, accompagné ou hébergé un étranger en situation irrégulière ».
(Avec AFP)

Des nouvelles d’ailleurs : Nuit sécuritaire

27 avril 2009

http://www.collectifpsychiatrie.fr/
Régulièrement, la santé mentale est malmenée dans les débats publics. Trop souvent, les médias ne s’en intéressent qu’à la faveur d’un drame.

Depuis plusieurs mois, les professionnels de la santé mentale constatent un durcissement des politiques suivies, et une banalisation de la souffrance des malades.

Plus grave, dans les propos tenus au plus haut niveau de l’Etat, on assimile le malade accueilli dans un hôpital à une personne potentiellement dangereuse et qu’il faut traiter de façon carcérale.

L’objectif de ce site est de proposer une information différente sur une réalité qui, bien qu’écartée des préoccupations de chacun, touche de très nombreux Français…

Pages principales du site :

1. La pétition en ligne à signer par tout citoyen souhaitant nous soutenir

2. Les lettres au Président et aux députés que nous vous invitons à écrire pour dire vos préoccupations sur l’évolution de la psychiatrie

3. Le prochain forum où « La Nuit Sécuritaire » intervient : MONTPELLIER LE 15 MAI 2009

Communiqué de presse (27-04-09)

26 avril 2009

Jeudi soir dernier, une quarantaine de militants associatifs et politiques ont décidé de se réunir pour réagir contre la répression croissante des mouvements sociaux. Ils sont indignés par les différentes répressions dont ils ont eu connaissance : gazages, arrestations, procès de lycéens en fin d’année scolaire dernière, procès et condamnations d’étudiants ces derniers jours à Poitiers, militant syndical de Deshoulières qui se suicide, repressions durant la visite du président de la république à Châtellerault, délit de solidarité envers ceux qui aident les sans papiers, répressions à Strasbourg lors du sommet de l’Otan, plaintes contre les ouvriers qui séquestrent leurs patrons…

Ils ont aussi précisé qu’ils étaient très préoccupés par les multiples lois qui ont été votées (comparution immédiate, peines plancher…) ou qui sont en préparation (sur les bandes, contre les cagoules dans les manifestations…) et qui dénotent ce que Laurent Mucchielli nomme La frénésie sécuritaire, frénésie qui a pour premier objectif d’installer un climat de méfiance et de peur afin de faire taire toute révolte, toute contestation.

Après un tour d’horizon, et vu le constat que les méthodes appliquées aux « voyous », sont dorénavant appliquées aux militants, il a été décidé collectivement de créer un Comité Poitevin contre la Répression des Mouvements Sociaux. Ce comité aura pour mission dans un premier temps de conscientiser sur l’étendue de cette frénésie sécuritaire et de mobiliser le plus largement possible contre cette dérive autoritaire. Un blog a été proposé à cet effet (http://antirepression.unblog.fr). Il a été décidé aussi de rester vigilants, de mobiliser et de participer systématiquement aux manifestations de soutien durant les procès qui vont avoir lieu.

Dans l’immédiat, le Comité Poitevin Contre la Répression des Mouvements Sociaux appelle tous ceux qui se sentent concernés par l’augmentation de la répression à participer masqués au défilé du 1er mai afin de protester contre le projet de loi que veut faire Mme Alliot Marie contre les cagoules dans les manifestations. Il appelle aussi à participer aux actions que le Comité Interluttes, qui était présent en nombre à notre réunion, proposera toute la journée à la suite de la manifestation du 1er mai : un forum ouvert à tous ceux qui souhaiteraient s’exprimer, des animations et des films.

 

Des nouvelles d’ailleurs : 9ème Collectif des Sans-papiers

26 avril 2009

http://9emecollectif.net/

Le 9ème Collectif, circonstances de sa création, principes, organisation, formes et modalités d’actions…

 

La gauche arrivée au pouvoir en 1997 a mis en place une circulaire pour permettre la régularisation des sans-papiers, processus qui visait à faire croire aux français que le gouvernement de la gauche plurielle voulait résoudre le problème des sans-papiers, qui a été posé sur la scène publique sous la droite.

Cette circulaire n’a fait que créer une situation ambiguë, puisque 150000 ont déposé une demande, et 80000 se sont vus notifier des refus. Cette procédure de régularisation s’est effectuée de manière arbitraire.

L’afflux des déboutés de la Circulaire Chevènement et qui n’étaient pas organisés leur a permis de se regrouper au sein du 9ème Collectif au lieu de continuer de vivre dans l’ombre en risquant quotidiennement de se faire contrôler, emprisonner puis expulser.

En nous mobilisant au sein du 9ème Collectif, nous voulions dire que nous refusons de continuer à vivre cachés, clandestins, humiliés, et que nous étions des hommes, des femmes déterminés à nous battre pour acquérir notre liberté et dignité, et ce malgré la mise en place d’un arsenal répressif par les différents gouvernements (de droite ou de gauche).

Le Collectif s’est placé dans la perspective d’une lutte à long terme visant la régularisation de tous les sans-papiers.

Au sein du Collectif, on trouve 25 nationalités, ce qui dote la structure d’une richesse multiculturelle.

Les sans-papiers sont déterminés et solidaires les uns des autres. La plupart d’entre eux connassent leur première expérience de lutte.

- Les secteurs de travail occupés par les hommes sont : le bâtiment, la confection, la restauration, le nettoyage…Ceux par les femmes sont en général les travaux domestiques (garde d’enfants, ménage).

- L’autre caractéristique du Collectif est la diversité de situations juridiques : déboutés de l’asile politique, de l’asile territorial, des étudiants, des familles, des personnes arrivées en France hors regroupement familial…

Financement forme d’autofinancement : réalisation d’un petit journal, cotisation, organisation de concerts…

Autonomie nous sommes organisés de manière autonome : ce sont les sans-papiers qui portent leurs revendications. Personne d’autre ne gère notre lutte à notre place. Nous demandons aux soutiens de nous appuyer dans notre combat en nous donnant les outils pour avancer, puisque nous sommes les mieux placés pour exprimer ce que nous vivons.

A.G. une assemblée générale est organisée chaque semaine. Chacun peut s’exprimer pour analyser la situation, faire un bilan de notre travail, et dégager des perspectives d’action.

Notre lutte s’articule autour de deux axes juridique et politique. Le premier nous permet d’obtenir des résultats à court terme. Le second se fait pour l’obtention d’une régularisation globale qui ne peut se faire qu’en créant un rapport de force politique

Axe juridique tenue de permanences juridiques, études de dossiers, établissement de listes.

Les sans-papiers sont impliqués pour comprendre l’arsenal juridique. Certains se mobilisent pour tenir eux les permanences et accueillir de nouveaux sans-papiers qui rejoignent le groupe.

Nous sommes soutenus par des juristes, avocats, et des associations (GISTI).

Axe politique

Formes d’actions :

- Rassemblements hebdomadaires devant les préfectures, ministère de l’Intérieur, ministère de l’Emploi, centres de rétentions, commissariats, OMI …
- Rassemblements devant les lieux où s’exercent des discriminations (ex : devant une école qui refuse d’inscrire un enfant de sans-papiers…)
- Forums, débats, projections de films, dossiers de presse, pétitions
- Campagnes de sensibilisation de l’opinion publique
- Participation aux meetings, aux débats au sein d’universités…

Nous nous invitons également à certains débats ou meetings politiques (avec banderole et tracts), surtout pendant les campagnes électorales (municipales, législatives, présidentielles et européennes), et ce pour interpeller les différentes formations politiques de gauche ou de droite pour qu’elles se positionnent clairement par rapport à la question de l’immigration.

Nous menons également des occupations de lieux stratégiques du point de vue de la médiatisation et de la symbolique :
Occupations de permanences politiques :
- permanence de l’ancien ministre de l’Intérieur sous la gauche pendant la campagne municipale.
- Occupation 2 fois de la permanence du ministre de l’Intérieur sous la droite, Sarkozy.
- Association de Bernadette Chirac
- Musés, théatres…
- Occupation de la représentation en France du Parlement européen et de la Commission européenne pendant la campagne des dernières élections européennes, et ce pour dénoncer les politiques migratoires menées par l’Union européenne et ses états membres, pour interpeller la commission européenne, le parlement européen, et les candidats aux élections européennes.

A chaque occupation, nous établissons un lien entre le lieu, le contexte, et nos revendications, et nous avons bénéficié d’une couverture médiatique.

Nous travaillons également sur plusieurs questions :

- la rétention : nous participons à la coordination en France contre la rétention (la fermeture des centres de rétention et l’arrêt des expulsions). A l’initiative du Collectif Anti-Expulsion, des actions et des campagnes de sensibilisation sont menées contre la construction d’autre centres de rétention (centre de rétention à Palaiseau), pour la fermeture des autres, et contre les expulsions. Nous y participons.
Nous préparons actuellement une réunion publique sur la rétention. Plusieurs associations et juristes y participeront (CAE, GISTI, CIMADE…)
- l’accès aux soins : le démantèlement de l’Aide Médicale d’Etat, dispositif d’accès aux soins pour les sans-papiers, nous amène à nous mobiliser avec des Comités de médecins, syndicats, et associations défendant les étrangers malades (Act Up), et à être parmi les manifestants pour la défense de la sécurité sociale.
- l’Europe : L’harmonisation des politiques d’immigration au niveau européen nécessite une coordination entre les différents mouvements européens qui défendent les droits des migrants, c’est pourquoi nous apportons notre solidarité à d’autres collectifs dans d’autres pays européens (ex : manifestation de notre collectif devant l’ambassade d’Espagne lors de l’occupation d’une église par les sans-papiers à Barcelone).
Nous avons aussi manifesté contre la construction du Centre de rétention à Palaiseau (banlieue de Paris) lors de la journée européenne contre les centres de rétention.
- Femmes : nous travaillons sur la revendication de l’obtention pour les femmes d’un statut autonome (en cas de divorce ou de rupture, les femmes se trouvent sans-papiers), la reconnaissance des droits des femmes victimes de persécutions sexistes, et ceci avec d’autres associations (Rajfire).
Par ailleurs, en posant les problèmes spécifiques liés aux femmes, une partie de l’opinion publique peut être mobilisée.
Il faut aussi souligner que les femmes sont très actives, et participent régulièrement à la journée du 8 mars.
- Syndicats : Nous interpellons également les syndicats pour qu’ils défendent les sans-papiers qui sont des travailleurs exploités.
- Convergence avec les mouvements sociaux : nous lions notre lutte avec celle des autres exclus (les chômeurs, les sans-logis, les intermittents). Les sans-papiers sont les précaires des précaires. Ils sont exploités, habitent des taudis…

En général, nous essayons de construire des réseaux de solidarité. Les luttes sont plus entendues par ceux qui ont entre eux des solidarités actives.

Malgré notre dynamisme et le dynamisme d’autres collectifs, la fragilité, l’incohérence, voir la quasi-absence de l’instance nationale, qui ne joue pas son rôle en coordonnant les actions locales, empêche une régularisation massive. Le rapport de force à construire se situe au niveau national.

 

Des nouvelles d’ailleurs (Saint Nazaire)

25 avril 2009

Le CODELIB (Comité de défense des libertés fondamentales contre les dérives sécuritaires) créé à Saint-Nazaire le 18 février 2009, regroupe des associations, syndicats, organisations politiques, et des individus qui ont décidé d’unir leurs forces pour lutter contre les dérives sécuritaires et répressives.

http://www.codelib.info/

Caterpillar s’acharne contre ses salariés L’Humanité 20-04-09

25 avril 2009

Répression . Plainte contre X pour « séquestration », assignation en référé et licenciements expéditifs : la direction multiplie les « premières » pour mater ceux qui luttent.

Lire la suite sur le site

Affaire Coupat : six mois de détention pour une enquête à la peine L’Humanité 25-04-09

25 avril 2009

Entretien. Eric Hazan, l’éditeur de « L’insurrection qui vient », récidive avec « Contributions à la guerre en cours », une réédition de textes de la revue Tiqqun, fondée, entre autres, par Julien Coupat. Seul suspect encore écroué dans l’affaire des sabotages des lignes de TGV, et alors que l’enquête semble s’enliser, il termine son sixième mois de détention.

Voir la suite sur le site.

Caterpillar : plainte des cadres séquestrés NOUVELOBS.COM | 24.04.2009

24 avril 2009

Il s’agit d’une première en France depuis le début de la crise économique. Pour protester contre un plan social, des salariés avaient retenu quatre dirigeants au siège de l’entreprise à Grenoble fin mars.

Les cadres ont porté plainte contre X (AFP)

Les cadres ont porté plainte contre X (AFP)

Les quatre cadres de Caterpillar, enfermés 24 heures fin mars par les salariés au siège de l’entreprise à Grenoble, ont porté plainte contre X pour séquestration. Il s ‘agit d’une première rendue publique en France depuis le début de la crise sociale, a-t-on appris vendredi 24 avril de source judiciaire et de source proche du dossier.
Les plaintes des cadres de Caterpillar ont été déposées mercredi auprès du commissariat de police de Grenoble, explique le Dauphiné libéré qui dévoile l’information dans son édition de vendredi.
“Ces cadres ont déposé plainte contre X car ils n’ont pas souhaité fournir les identités des salariés qui les retenaient dans leur bureau, ni le constat d’huissier”, a mis en avant une source judiciaire, ajoutant que la plainte était en cours d’instruction. Un proche du dossier, cité par le Dauphiné libéré est peu convaincu quant à l’aboutissement des poursuites. Il met en avant que les cadres ayant pu avoir un contact téléphonique avec l’extérieur, ne pouvaient être juridiquement considérés comme séquestrés.

733 licenciements prévus

Par ailleurs, les cadres retenus, parmi lesquels le directeur général de Caterpillar France, Nicolas Polutnik n’avaient pas demandé l’intervention des forces de l’ordre, avant d’être libérés par les salariés au bout de 24 heures, le 1er avril.
Les salariés s’élevaient contre le plan social qui prévoit 733 licenciements, et qui sera débattu vendredi lors d’une audience au tribunal de grande instance de Grenoble, où la direction de Caterpillar a assigné le comité d’entreprise, suite au blocage des négociations.
Aucune des récentes séquestrations qui ont eu lieu notamment à Sony, Scapa, 3M ou Molex n’a officiellement pour l’heure donné lieu à des poursuites pénales. Le patronat avait pourtant appelé à étudier au cas par cas des possibilités de plainte.
Avant le début de la crise, d’autres séquestrations de cadres notamment à l’usine Kléber de Toul (Meurthe-et-Moselle) en février 2008 ou de trois dirigeants d’EDF Guyane en 2007 avaient fait l’objet de plaintes. La première a été classée sans suite et la deuxième a donné lieu à des condamnations.

Éric Besson, « le roi de la jungle » L’Humanité 24-04-09

24 avril 2009

Immigration . En visite hier à Calais, le ministre a promis aux migrants « plus de pression policière ». Sur place, certains militants associatifs en avaient les larmes aux yeux.

 

Calais, Envoyé spécial.

Deux militantes se font arrêter, un chien aboie : Eric Besson arrive. Dans une vie antérieure, il trouvait que Sarkozy, sur l’immigration, avait des accents frontistes. Quelques mois plus tard et en digne remplaçant de Brice Hortefeux, il avait taillé le bout de gras avec les Afghans de la « jungle », le no man’s land où se réfugient les centaines de migrants à Calais. Hier, il est venu annoncer qu’elle allait être démantelée, « d’ici la fin de l’année ». De fait, le coup de filet, deux jours avant, qui s’était soldé par deux cents interpellations et deux cents libérations, n’était qu’un coup d’essai. Soupir d’un policier : « On sait très bien que ce n’est pas comme ça qu’on arrête les passeurs. C’est de la com’. C’est comme les chiffres, on leur fait dire ce qu’on veut… »

Migrants en cage

Ca tombe bien, les entrepreneurs aussi. Sous le regard bienveillant de Natacha Bouchard, la maire UMP de Calais élue grâce au désistement du FN, il est allé réconforter, après les policiers, les patrons installés près de la « jungle ». Et l’un d’eux de tonner : « Si ça continue, on va tous fermer. Et pourtant, on est chez nous ! » Besson a entendu là « beaucoup d’humanisme ». « Ce ne sont pas vos entreprises qui fermeront, c’est la jungle qui va être démantelé », a-t-il donc promis. Et de se rendre au petit trot sur le parking d’une entreprise. Scène surréaliste : de l’autre côté du grillage, une centaine de migrants. Comme au zoo. Besson n’ira pas les voir, cette fois-là. Parce que, pour lui, ils ne sont déjà plus là.

Besson ne joue plus. Ni avec les migrants. Ni avec les journalistes, qu’il confiera aux bons soins de la police de l’air et des frontières pour qu’ils prennent conscience que l’opération d’arrestations de « passeurs » d’il y a deux jours était en fait une « opération de reconquête du territoire républicain ». Et devant ceux qui se demandent comment fermer un bois, la maréchaussée regarde ses rangers. Avant de se reprendre : « Ce n’est pas parce que ça ne règlera pas tout qu’il ne faut pas le faire ».

En tout cas, plus question de jouer avec les humanitaires. Si Monique Delanoy, de l’association Belle Etoile, sortira dépitée de l’entrevue avec le ministre, Jean-Claude Lenoir, de Salam, était, lui, au bord des larmes : « S’il y a quelques avancées d’un point de vue humanitaire (lire par ailleurs), il nous a parlé comme s’il était notre patron. Pour nous dire qu’on était là pour appliquer la politique de l’Etat. » Pour ce militant, « la fermeture de la jungle, ça ne fera que déplacer le problème. Et de voir la police arrêter des gens pour les relâcher quelques heures après, à une dizaine de kilomètres, c’est n’est rien d’autre que salir l’image de la France. » Sa collègue de la Belle Etoile ajoute : « Après Sangatte, on va mettre dehors des gens qui y sont déjà… »

« Opérations coupde poing »

Droit dans ses bottes, Besson, le « roi de la jungle » comme le clame un manifestant, estime, lui, que « la France n’a pas de leçon d’humanité à recevoir ». « A ceux qui trouvent qu’il y a trop de pression policière sur les migrants, poursuit-il, je réponds qu’il n’y en a pas assez. » Voilà pourquoi, pour la PAF et la maréchaussée, c’était Noël avant l’heure, hier. Voilà pourquoi il a vertement tancé les Anglais, sommés de rendre « étanche » leur frontière. Les bénévoles, aussi, en prennent pour leur grade, accusés à mi-mot de complicité : « Les passions des uns font parfois les fortunes des autres ». Voilà pourquoi il n’y aura pas de « nouveau Sangatte ni même de mini-Sangatte ». Mais, au contraire, une multiplication des « opérations coups de poing ». D’ailleurs, avant même que Besson n’entame son discours, Sylvie Copyans, de l’association Salam, recevait un coup de fil sur son portable : « J’y vais, la jungle est entourée de fourgons de police. » En tête, la conclusion du discours de Besson : « Notre politique continuera d’allier fermeté et humanité ».

Sébastien Homer

La direction de Caterpillar jette de l’huile sur le feu L’Humanité 24-04-09

24 avril 2009

Licenciements . Les patrons des usines iséroises multiplient les lettres de menaces contre les salariés et attaquent le comité d’entreprise en référé pour « obstruction ».

Grenoble (Isère), envoyé spécial

La tactique est audacieuse, voire téméraire, face à des ouvriers en colère : en guise de réponse à la proposition, effectuée par l’assemblée des personnels, d’organiser un référendum sur les deux « plans sociaux » en présence (celui du « protocole de fin de conflit » signé dimanche et celui qui émane directement de l’intersyndicale), la direction de Caterpillar tente un passage en force, à double détente. D’un côté, elle convoque 25 ouvriers, engagés dans le mouvement et, pour certains d’entre eux, condamnés la semaine dernière en référé pour « entrave à la liberté de travailler », à des entretiens début mai dans la perspective déclarée de leurs licenciements. À travers un courrier daté de mercredi et reçu hier, les « Cater » visés ont été mis à pied à titre conservatoire, interdits de présence dans les usines et privés de salaire jusqu’à nouvel ordre. De l’autre côté, la direction tente d’obtenir en justice ce qu’elle-même refuse de concevoir avec l’intersyndicale : la fin de la procédure d’information-consultation sur le plan social initial prévoyant 733 suppressions d’emplois.

En assignant en référé Robert Gamez, le secrétaire FO du comité d’entreprise, elle essaie de faire condamner une « attitude des membres du CE visiblement motivée par l’unique objectif de retarder par tous les moyens et avec la plus parfaite mauvaise foi la réorganisation » de Caterpillar. « Cette attitude met sérieusement en péril la survie des sites d’Échirolles et de Grenoble », ose même faire valoir la direction d’une multinationale qui a réalisé plus de 2,8 milliards d’euros de profits en 2008 et qui, avec son plan massif, fragilise grandement la pérennité des sites de l’Isère (2 500 salariés). Aux juges des référés, l’entreprise demande un blanc-seing pour boucler formellement « sous huitaine » la procédure sociale : l’avis des membres du CE est peut-être négatif, mais il serait donné.

L’entreprise veutun blanc-seing

Hier, pendant toute la journée, les représentants syndicaux ont cherché à débloquer la situation. Dans un premier temps, ils étaient même prêts à faire adopter, en assemblée générale et à bulletins secrets, une résolution acceptant le principe du référendum sur le seul « protocole de fin de conflit ». Robert Gamez avertit : « Le moment est très grave. Il faut absolument que le tribunal déboute la direction parce que, sinon, ça serait fini. Nous comptons obtenir la désignation d’un médiateur pour achever ces discussions dans les deux semaines qui viennent. »

« Le préfet doitse mouiller »

De son côté, après qu’en début de semaine, les membres du gouvernement et le préfet de l’Isère ont poussé l’intersyndicale à « accepter la démocratie » en organisant le référendum, François Auguste, vice-président PCF de la région Rhône-Alpes, appuie, devant l’assemblée générale, la démarche proposée par les salariés : « Oui, c’est vrai, c’est aux salariés de décider démocratiquement de ce qu’ils veulent et de se déterminer par référendum entre les propositions de la direction et celles de l’intersyndicale. Le préfet de l’Isère doit maintenant être cohérent : il doit se mouiller et faire pression sur la direction de Caterpillar. »

Mais en milieu d’après-midi, au cours d’une ultime conciliation informelle, la direction de Caterpillar a rejeté l’exigence des salariés de voir abandonnées toutes les poursuites individuelles contre certains salariés ainsi que les mesures de licenciement pour faute grave. En l’allumant, en jetant de l’huile dessus et en jouant avec le feu, elle prend la responsabilité de graves dérapages aujourd’hui ou en début de semaine prochaine. Les ouvriers en lutte sont dans le mur, mais ils ont l’air de savoir qui les a entraînés dedans.

Thomas Lemahieu

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