«La séquestration des dirigeants n’est qu’un épiphénomène» Julie de la Brosse – L’Express 23/04/2009

23 avril 2009

Continental, Caterpillar, Molex… les exemples de durcissement des conflits sociaux se multiplient. Les syndicats sont-ils dépassés? Doit-on s’inquiéter pour la suite? Les réponses d’Hubert Landier, expert des relations sociales et président de Management social.com.

 

Comment expliquez-vous la montée des violences sociales ?

Très simplement, par la montée des tensions sociales. Les salariés victimes de plans sociaux sont en colère. Pour la plupart, ils ont été prévenus très tardivement par leur direction des différentes mesures de restructurations, chômage partiel, licenciements etc…Ils se sentent trahis et incompris et répondent donc à la violence par la violence.

Pourquoi une telle ampleur dans ces réactions ?

Quelle ampleur ? Ces actions, « ces dérapages » comme disent certains, n’ont pas une importance démesurée. Depuis quelques semaines, seuls 6 ou 7 cas de séquestrations de dirigeants ont été recensés. Or la nouveauté n’est pas là, la nouveauté c’est d’en avoir fait une affaire d’Etat. Les médias s’en sont emparés comme d’un phénomène inédit, premier en son genre…

Ce n’est pas le cas ?

Non, ce type d’actions existe depuis des années. Lors de la crise des années 70 par exemple, entre 100 et 200 usines étaient occupées chaque jour. Les violences y étaient autrement plus graves qu’aujourd’hui. Chaque jour on apprenait une nouvelle séquestration. Les locaux étaient saccagés. En 1997, un DRH de l’usine des mines de potasse d’Alsace a même était emmuré après l’annonce de la fermeture de l’usine. Aujourd’hui, les dirigeants ne se déplacent pas encore avec une armada de policiers chargés de leur sécurité. C’est d’ailleurs ce qui est le plus surprenant. Tout le monde semble très étonné par cette montée de violence. Moi je suis plutôt étonné par le peu de violence. Face à la crise actuelle, je ne serai pas surpris que les dérapages se multiplient dans les mois à venir.

Quel est le rôle des syndicats dans cette montée des violences ?

Les syndicats sont dans une position délicate. Ils sont censés être les intermédiaires entre des salariés, qui se sentent trahis, et la direction. Ils doivent donc être des temporisateurs de violences. Or aujourd’hui, il leur arrive d’être dépassés. C’est l’exemple de Continental où les responsables syndicaux ont déclaré avoir été débordés par la montée de violence de la part des salariés.

Pourquoi les confédérations syndicales restent très discrètes sur le sujet ?

Ce n’est pas leur rôle de dénoncer ou de revendiquer ces actions. Chaque syndicat reste souverain même s’il a décidé de s’affilier à une fédération, elle même affiliée à une confédération. Dans ces conditions les confédérations n’ont aucun moyen de se faire entendre. Et puis cela ne changerait rien. Elles ont plutôt intérêt à se faire discrètes, au risque sinon de perdre leur autorité de médiateur entre la base et les pouvoirs publics. Si elles brisent le dialogue déjà rompu avec l’Etat, alors plus personne ne sera en mesure de discuter…

 

 

Les confédérations restent discrètes

Depuis le début des débordements, les confédérations syndicales demeurent très silencieuses sur les revendications de « leurs bases ». Alors que politiques et sociologues ne cessent de s’exprimer sur la montée en puissance des violences sociales, les présidents des grands syndicats préfèrent garder le silence.

A la CGT on a décidé de ne pas communiquer sur les méthodes utilisées sur le terrain par les syndicats : « les militants ou salariés sont autonomes, ils sont les patrons de leur propre lutte » explique le service presse. « Nous n’avons donc ni consigne ni positionnement à donner » précise-t-on.

A FO, le patron, Jean-Claude Mailly a quand même déclaré qu’il n’était «pas surpris » par ces actions et que les syndicats devaient remplir leur rôle « d’outil à la disposition des salariés ».

Du côté de la CFDT, François Chérèque a dénoncé « un vrai problème de dialogue social avec L’Etat ».« La vraie question c’est pourquoi on doit en arriver à de tels débordements » a-t-il par ailleurs suggéré…

Salariés en état de légitime défense L’Humanité 23-04-09

23 avril 2009

Mouvement social . Si le climat social se tend, c’est en grande partie à cause du refus des directions ou des pouvoirs publics d’entendre les salariés. Reportages dans quatre sites en lutte.

Une demande de rendez-vous avec le sous-préfet qui n’aboutit pas alors que les salariés sont rassemblés devant le bâtiment, le conseiller de l’Élysée qui « n’a pas le temps », et quelques minutes plus tard, une décision judiciaire qui les désavoue et légitime le plan de fermeture de l’entreprise… les salariés de Continental Clairoix ont, mardi, piqué un coup de sang. Les locaux de la sous-préfecture en ont fait les frais. C’est illégal. Mais est-ce illégitime ? Les 1 200 ouvriers de cette usine de fabrication de pneus se retrouvent face à un mur. Les explosions de colère viennent souvent de là. Les patrons sont dans la cible. Mais les patrons font plus parler d’eux pour les plans de licenciements qu’ils déclenchent et les rémunérations exorbitantes qu’ils s’octroient, que pour leur capacité à dialoguer. Là est tout le problème. Les conflits se multiplient. Les « séquestrations » de cadres aussi, même si elles restent exceptionnelles. Comme un dernier recours, pour tenter de débloquer une situation où le dialogue avec l’employeur est inexistant, ou rompu.

Des vies liquidées

Hier matin, le ministre du Budget, Éric Woerth, a appelé les salariés à « choisir des moyens légaux d’expression », mais quand les moyens légaux ne suffisent plus pour se faire entendre, il y a des débordements. « Quand vous êtes devant un mur, il y a parfois des désespoirs qui s’expriment. Les salariés se battent pour obtenir des négociations, ce n’est pas de la violence », a justifié hier Marie-George Buffet, secrétaire nationale du PCF, tandis qu’Annick Coupé, porte-parole de Solidaires, mettait en avant la « violence sociale » vécue par des salariés qui voient leur vie personnelle et leur avenir « liquidés ».

« Cela risque de chauffer pendant tout un temps », expliquait hier Jean-Christophe Le Duigou, secrétaire confédéral de la CGT, car « les manifestations et séquestrations sont le reflet de l’aiguisement de la crise sociale à laquelle on n’apporte pas de réponses ». Pour François Chérèque, secrétaire général de la CFDT, c’est « l’absence de dialogue social » qui amène une radicalisation des conflits. Les partis politiques de gauche pointent aussi la responsabilité gouvernementale, comme Benoît Hamon, porte-parole du PS, qui a accusé hier « le gouvernement d’être responsable d’une montée de la radicalité du mécontentement ». Le gouvernement, lui, marche sur des oeufs et tente un équilibre précaire entre deux discours. Celui de la fermeté et de la division. Hier matin, sur France Inter, le premier ministre, François Fillon, a fustigé des « minorités irresponsables », promettant des « poursuites judiciaires » aux auteurs des dégradations intervenues mardi à la sous-préfecture de Compiègne. Mais il a dû, aussi, évoquer les « comportements dangereux pour l’économie française » des patrons qui s’octroient, en ces périodes de vaches maigres, des rémunérations exceptionnelles.

Pas de sanctions

C’est que l’exaspération sociale n’est pas le seul fait des coups de colère médiatisés. Les luttes se radicalisent parce que le climat social se tend. Même des professions très syndiquées, habituées des modes d’action traditionnels (manifestations, grèves, etc.), sont secouées par des accès de colère. C’est le cas dans l’énergie où la révélation d’une très forte augmentation des salaires du patron d’EDF et du vice-président de GDF Suez, Jean-François Cirelli, a mis le feu aux poudres. Les salariés réclament une revalorisation de 5 % qui leur est refusée. Pour se faire entendre, les grévistes multiplient les formes d’actions, s’invitent dans les séances de négociations, procèdent à des « coupures sauvages » d’électricité ou à des coupures ciblées, plus populaires, comme les basculements de tarifs en heures creuses, la « mise en panne » de radars ou encore le rétablissement de l’électricité pour ceux qui ne peuvent pas payer. Même des syndicats, traditionnellement plutôt peu enclins à des formes d’actions radicales, se font parfois menaçants. Les salariés des services à domicile de la Fnac étaient appelés, hier, à faire grève contre la précarité et les licenciements abusifs. Thierry Aron, délégué syndical de la CFTC, prévenait, avant même le conflit, que « les salariés se réservent toutes possibilités d’actions si leurs demandes ne sont pas satisfaites ». Les enquêtes d’opinion confirment cet état d’esprit. La dernière en date, un sondage OpinionWay-Le Figaro-LCI publié dimanche, montre que si la moitié des Français désapprouvent les « séquestrations », ils considèrent pour autant qu’elles « ne doivent pas être sanctionnées ».

Le climat social tient aussi à l’engagement des syndicats dans la préparation du 1er mai, cette année totalement unitaire. Ils parlent déjà d’un nombre de cortèges plus important le 1er mai que lors de la dernière journée nationale de mobilisation le 19 mars dernier.

Paule Masson

Le GISTI dénonce la mauvaise foi d’Éric Besson L’Humanité 23-04-09

23 avril 2009

Immigration . Le ministre soutenait qu’aucun particulier n’avait été condamné au titre du délit de solidarité. Un mensonge démonté, preuves à l’appui, par l’association.

La publication, par le Groupe d’information et de soutien des immigrés (GISTI), d’une première liste de personnes condamnées au titre du « délit de solidarité » a fait violemment réagir le ministre de l’Immigration. À l’occasion des manifestations du 8 avril contre le fameux article L. 622-1, Éric Besson avait, dans une lettre, affirmé qu’en « soixante-cinq années d’application de la loi, personne, en France, n’a jamais été condamné pour avoir seulement accueilli, accompagné ou hébergé, un étranger en situation irrégulière ». Et il avait précisé que « toute personne, particulier, bénévole, association, qui s’est limité à accueillir, accompagner, héberger des clandestins en situation de détresse, n’est donc pas concerné par ce délit ».

Le GISTI, en réponse, a commencé à rechercher les condamnations qui confondent le ministre et vient de rendre publique une liste de 32 personnes, avec le motif de la condamnation, depuis 1986. Celles qui ont obtenu une relaxe ou un non-lieu n’ont pas été prises en compte, même si elles ont pourtant été « inquiétées » et ont subi intimidations, convocations à la gendarmerie ou au commissariat, gardes à vue, mises en examen, perquisitions à domicile… N’ont pas été retenus non plus les rappels à la loi et les poursuites en cours. Le « délit » le plus courant est l’hébergement, mais on trouve aussi du transport en taxi ou de l’aide dans des démarches administratives. La liste n’est pas exhaustive et le GISTI demande à chacun de lui signaler les cas dont il aurait connaissance sur le mail suivant : solidarite@gisti.org.

Tout cela, ajouté à l’accusation de menteur qui en découle, a donc mis en colère le ministre, qui, hier, sur RMC, a affirmé que « la crédibilité du GISTI en la matière est quasiment nulle… Chaque fois que je me suis penché avec détail et avec mes services sur les affirmations du GISTI, elles se sont quasiment systématiquement révélées fausses… Ils avaient dit depuis deux mois qu’ils apporteraient la preuve que, contrairement à ce que j’affirmais, des bénévoles humanitaires avaient pu être inquiétés. Or, dans leur propre liste, il n’y a aucun bénévole. »

Sur la crédibilité du GISTI, son président, Stéphane Maugendre, remarque que « la réputation du GISTI se suffit à elle-même » et qu’« à la limite, ça ne vaut même pas une réponse ». Rappelons que l’association est composée de professionnels du droit et que sa spécialité est l’expertise du droit des étrangers. Sur le deuxième aspect, Jean-François Martini, militant et avocat au GISTI, renvoie le ministre à son propre texte : « Lui-même parlait de bénévoles, mais aussi de particuliers. Notre première recherche a fait apparaître des particuliers désintéressés. Au départ, tout le monde était concerné par la loi. Quand elle a été utilisée contre des membres de la – famille, on a commencé à mettre en place une immunité pour les ascendants, les descendants, les conjoints, puis les concubins, les frères et soeurs, et maintenant, on voit des condamnations de cousins ou de neveux. Il y aura toujours une personne hors de la liste qui sera intervenue de manière désintéressée. Ce qui montre bien qu’Éric Besson a menti en disant que cette incrimination était simplement réservée aux négriers des temps modernes. La seconde étape de notre action va être de publier une liste de jurisprudences pour prouver qu’il y a bien eu condamnations de particuliers. »

La liste des condamnés ne concerne que les personnes visées par l’article sur l’aide à l’entrée et au séjour. Mais « l’entrave à la libre circulation d’un aéronef » pour empêcher une expulsion est aussi un délit de solidarité, comme les actes de rébellion ou de diffamation de la part de militants de Réseau éducation sans frontières (RESF) qui envoient des mails au ministre de l’Immigration. Le champ de la solidarité à l’égard des étrangers est vaste, mais la gamme des délits pour la réprimer ne l’est pas moins.

Émilie Rive

L’UMP monte en épingle un prétendu caillassageB.H. (lefigaro.fr) 23/04/2009

23 avril 2009

La caravane de l'UMP pour les européennes, devant le siège du parti à Paris, le 20 avril 2009. Crédit photo : AFP.
La caravane de l’UMP pour les européennes, devant le siège du parti à Paris, le 20 avril 2009. Crédit photo : AFP.

Alors que Xavier Bertrand a annoncé jeudi après-midi un caillassage du bus de l’UMP «par 200 jeunes cagoulés», la préfecture du Rhône a démenti l’information et assuré n’avoir «retrouvé que la trace de trois œufs».

L’UMP monte en épingle un prétendu caillassageB.H. (lefigaro.fr) 23/04/2009 dans Revue de presse France coeur-Xavier Bertrand a-t-il été mal renseigné par des militants UMP ou a-t-il joué un coup d’intox ? Toujours est-il qu’en confiant jeudi après-midi aux journalistes de RTL que «200 jeunes cagoulés ont caillaissé la caravane pour les européennes (…) dans un petit village près de Lyon», le secrétaire général de l’UMP a vraisemblablement commis une erreur.

Sur Rue89, le président des Jeunes UMP, Benjamin Lancar, donne une version des faits moins dramatique, et précise que la scène s’est déroulée en plein centre de Lyon. «Environ 500 manifestants étudiants ont bloqué notre caravane place Bellecour, dans les heures du midi. Nos deux jeunes caravaniers et leur chauffeur commençaient à s’installer quand ces étudiants ont commencé à leur lancer des insultes, des œufs et des crachats. Certains étaient cagoulés. Heureusement, les CRS sont arrivés au bout de trois quarts d’heure.» Selon l’AFP, seule une centaine de manifestants a encerclé la caravane.

 

Une manif et la caravane de l’UMP autorisées au même endroit

Pour la préfecture du Rhône, contactée par Rue89 et Europe 1, «il s’agissait d’une manifestation autorisée d’étudiants contre la réforme universitaire (…) et d’une caravane de Jeunes UMP également autorisée à s’installer sur la même place. Il y a eu quelques échanges de noms d’oiseaux, mais aucun caillassage. Nous n’avons retrouvé que la trace de trois oeufs. Certains étudiants portaient des cagoules, mais c’était plus en réaction à l’interdiction du port des cagoules prononcée par Nicolas Sarkozy que pour se cacher. Après, peut-être que les jeunes dans la caravane ont eu peur… C’est certainement pour ça qu’ils en ont rapidement informé Paris…».

Les Jeunes UMP ont malgré tout posté une vidéo de la scène sur Dailymotion, sur laquelle on voit plusieurs dizaines de manifestants et un cordon de CRS protégeant la caravane. Une «preuve de ce que représentent la démocratie et le débat selon l’extrême gauche», estiment les Jeunes Populaires. Et le député-maire UMP de Caluire Philippe Cochet, présent lors des incidents, d’accuser Olivier Besancenot sur Mag2Lyon.com «d’encourager une vision violente du débat démocratique qui se fait avec des jets de canettes». Selon l’AFP, Philippe Cochet compte porter plainte pour «volonté de dégradation et violences envers autrui».

Les salariés de Continental saccagent la sous-préfecture de Compiègne LEXPRESS.fr 22/04/2009

22 avril 2009

La colère éclate chez les employés de Continental. Ils s’en sont violemment pris à la sous-préfecture de Compiègne et au pavillon d’accueil de leur usine, qui est désormais fermée.

Lire la suite sur le site.

 

Sécurité: leurres du bilan Libération 22-04-09

22 avril 2009

Le chef de l’Etat, à quelques semaines des élections européennes, se ressaisit du thème de prédilection de sa campagne présidentielle.

JACKY DURAND et PATRICIA TOURANCHEAU

A deux mois des élections européennes, Nicolas Sarkozy martèle à nouveau son credo sécuritaire. Il était en déplacement à Nice mardi chez Christian Estrosi qu’il a chargé de rédiger une proposition de loi sur les bandes. A Orléans le 14 janvier 2009, le chef de l’Etat, qui dressait son bilan dans ce domaine se targuait d’avoir fait baisser la délinquance générale de 13,5 % depuis son arrivée au ministère de l’Intérieur en 2002. A en croire Nicolas Sarkozy, c’est donc sa politique de fermeté et de «culture du résultat», ses instructions aux services de police et ses textes de loi qui ont fini par payer et ont endigué la criminalité. Le nombre global de crimes et délits constatés (mélange de vols, viols, coups, etc.) dans le pays a chuté, c’est un fait indéniable. Mais selon Sébastian Roché, directeur de recherches au CNRS sur la délinquance, «la France suit la même tendance que tous les autres pays européens, et ce quelles que soient les politiques mises en place». Analyse de sept années de la politique de Sarkozy en matière de sécurité.

1) Chute de 22,2 % des atteintes aux biens

A y regarder de plus près, c’est la masse des vols en tous genres et dégradations qui a reculé. Ces «atteintes aux biens» qui représentent les trois quarts des infractions enregistrées en France ont en effet chuté de 22,2 % en cinq ans (entre 2003 et 2008). A eux seuls, les vols d’automobiles ont quasiment diminué de moitié (-43,2 %) ces cinq dernières années. Si Nicolas Sarkozy l’attribue à l’efficacité de la police, Sébastian Roché impute ce «changement aux efforts des industriels qui protègent mieux leurs produits avec des systèmes d’alarme, de surveillance, d’immobilisation ou de neutralisation qu’il s’agisse des voitures, des téléphones mobiles ou des cartes de crédit.» En revanche, les vols avec une arme à feu, notamment contre des commerces, montent en flèche depuis un an, de 23 %.

2) Montée de 14% des violences aux personnes

Les services de police échouent dans leur mission de «protection des personnes». La violence augmente dangereusement et les victimes se multiplient. Les «atteintes volontaires à l’intégrité physique» ont augmenté de 14 % depuis 2003. Et l’action de Nicolas Sarkozy, qui impute cette hausse en partie aux violences intra-familiales, n’a pas permis d’enrayer ce phénomène amorcé avant son arrivée aux commandes. Si le taux national de violences contre les personnes se situe à 7,3 % pour 1 000 habitants, la Seine-Saint-Denis enregistre le taux le plus élevé du pays avec 18,7 %. Or, les réponses policières paraissent inadaptées puisque 61 % des agents affectés dans ce département sensible ont moins de 30 ans et peu d’expérience.

3) Politique du chiffre

Sarkozy a impulsé une «culture du résultat» dans la police et décrété une «tolérance zéro», à savoir sanctionner toute infraction, même le plus petit délit. Ainsi, les policiers multiplient les contrôles de routine dits «opérations de sécurisation» et ne doivent rien laisser passer. Ils traquent même les fumeurs de joints trouvés en possession d’un gramme de cannabis. Policiers et gendarmes ont ainsi constaté 41,8 % d’infractions à la législation sur les stupéfiants (ILS) supplémentaires en cinq ans. Ce sont surtout les usagers de cannabis qui font grossir ce chiffre, même si de véritables réseaux de trafiquants sont démantelés par la PJ et les 33 Groupes d’interventions régionaux (GIR) institués par Sarkozy.

Les quotas de clandestins à expulser du territoire fixés sous son impulsion ont poussé les services à interpeller de plus en plus de sans-papiers. Les infractions à la législation sur les étrangers (ILE) ont augmenté de 68,2 % depuis 2003. Ces infractions sans victimes et sans plaintes, révélées par la seule action des services, présentent l’avantage pour l’Intérieur d’être aussitôt constatées, aussitôt résolues, et donc de faire monter le taux d’élucidation des affaires que Sarkozy se targue d’avoir fait grimper de «25 % en 2002 à un niveau jamais atteint de 37 %». Les syndicats de police dénoncent cette «politique du chiffre» et les contrôles qui creusent le fossé entre police et population, surtout les jeunes de banlieue.

4) Assertions politico-médiatiques

L’explosion de violences urbaines de l’automne 2005 survenues après la mort de deux mineurs poursuivis par la police dans un transformateur EDF à Clichy-sous-Bois entache sérieusement le bilan sécurité de Sarkozy qui imputait à l’époque ces émeutes à des «caïds» protégeant leur business : «Nous ne tolérons plus les cités interdites où les trafics mafieux règnent en maîtres.» Or, sur le terrain, les policiers ont plutôt débusqué de petits «capuchés» de moindre envergure, incendiaires de voitures ou lanceurs de pierres. De plus, une étude des Renseignements généraux a démontré qu’il ne s’agissait «pas de bandes organisées». De la même manière, Nicolas Sarkozy a fait de la surenchère sur le profil des émeutiers placés en garde à vue. Il a prétendu à l’Assemblée nationale le 16 novembre 2005 que «75 à 80 % des interpellés pour ces faits de violence urbaine étaient connus pour de nombreux méfaits et avaient d’ailleurs des antécédents judiciaires. C’étaient déjà des délinquants». Or, ces assertions ont été démenties par les procureurs, à commencer par celui de Bobigny qui a jugé la majorité des auteurs de violences urbaines : «Le passé pénal de certains majeurs âgés de 18 à 22 ans n’était pas important. Il y avait très peu de gros délinquants.» Un juge des enfants relevait que «la très grande majorité des mineurs était des primo-délinquants et quand ils étaient connus, c’était au titre de l’enfance en danger».

5) Démonstrations de force

Dès son arrivée place Beauvau, Sarkozy a tué dans l’œuf la «police de proximité» mise en place par la gauche, et a utilisé la police d’ordre que représentent les CRS en petites patrouilles, appellées «compagnies de sécurisation» pour quadriller les quartiers sensibles. Les coups de filet dans les cités ont été médiatisés à outrance comme les interpellations aux Tarterêts à Corbeil-Essonne (Essonne) en septembre 2006 après le tabassage de deux CRS, puis aux Mureaux (Yvelines) le mois suivant, pour rechercher les agresseurs d’une patrouille. Mais l’opération musclée dans le quartier des Musiciens avec 100 policiers casqués, portes enfoncées, habitants braqués et interpellations tout azimut, s’est soldée par un fiasco. Un seul suspect finalement arrêté à l’issue de cette opération-spectacle vilipendée par le maire de la commune, François Garay : «J’ignore si c’est Sarkozy [qui l’a organisée] et je m’en fous. Mais ça, c’est de la télé-réalité. Ce n’est pas digne d’une République laïque». A l’en croire, la situation dans les banlieues depuis les émeutes se «gère au fil du rasoir» : «On rame et en trois minutes d’images au 20 heures, ils vont détruire tous mes efforts.» En revanche, un autre coup de filet à Villiers-le-Bel (Val d’Oise) en février 2008 mais plus ciblé a permis de retrouver 17 émeutiers suspectés de coups de feu qui avaient blessé 75 policiers.

6) Arsenal de lois souvent inapplicables

Réprimer le racolage passif des prostituées, les délits commis en bandes organisées, accroître les peines pour les récidivistes et bientôt punir le port des cagoules dans les manifs, Nicolas Sarkozy a dégainé treize lois liées à la sécurité depuis 2002 que les policiers ont parfois du mal à appliquer, comme le texte sur les rassemblements dans les halls d’immeubles. Quant au délit de racolage passif, inventé par Sarkozy, il visait à mieux démanteler les réseaux de proxénètes. Mais à l’usage, ce sont surtout les prostituées qui trinquent. Les tapineuses ont été éloignées vers des périphéries dangereuses.

En mai 2006, avant de présenter son projet de loi de prévention de la délinquance, Sarkozy avait résumé sa philosophie en la matière lors d’un déplacement à Evry : «La sanction est une forme d’éducation», avait dit le ministre de l’Intérieur de l’époque dans un discours, intitulé «Une nouvelle politique pour les quartiers sensibles», déjà très programmatique à un an de la présidentielle. La loi promulgée en mars 2007 a placé les maires au centre de la politique de prévention et durcit les sanctions contre les mineurs. Mais deux ans plus tard, le Conseil national des villes (CNV) conclut à «l’absence quasi systématique de mise en œuvre» de cette loi.

Composé notamment d’élus de communes en difficultés de toutes étiquettes politiques, le CNV dresse un constat accablant dans son avis rendu le mois dernier : «La loi n’a pas été précédée d’une large consultation, qui aurait permis de capitaliser l’expérience acquise par les collectivités territoriales et l’Etat sur l’ensemble du territoire depuis parfois vingt années d’expérience ; d’identifier les évolutions de la délinquance et des actions nouvelles à définir ; d’identifier les lacunes de prise en charge auxquelles il faut remédier». Le CNV tire aussi la sonnette d’alarme sur des sujets soulevés lors de ses auditions dans les communes : la déscolarisation des ados ; les liens entre les violences subies par les enfants et l’échec scolaire ; les difficultés des bailleurs concernant l’occupation des halls d’immeubles, des caves…

Loin des yeux, loin du peuple ? La Nouvelle République 22-04-09

22 avril 2009

Le 31 mars, Nicolas Sarkozy est venu à Châtellerault pour parler de la crise. Les collégiens de George-Sand évoquent cette visite et les manifestations.

Sécurité XXL. Mardi 31, jour J, jamais on n’avait vu autant de forces de l’ordre à Châtellerault ! Les accès à certains lieux étaient bouclés par des barrages, vers le Chillou, en particulier. On se demande pourquoi le déplacement du président nécessitait autant de sécurité : croit-il qu’il n’est pas aimé de la population ? Peut-être les manifestations ont-elles montré qu’il n’était pas le bienvenu à Châtellerault…
Première manif pour un petit nombre d’entre nous, la première manifestation à laquelle nous avions assisté était celle qui avait été organisée en soutien à la Palestine lors de la guerre à Gaza. Pour d’autres, celle du 31 mars, aux côtés des syndicalistes, était une grande première.

Loin des yeux, loin du peuple ? La Nouvelle République 22-04-09 dans Revue de presse France crschatellerault.vignettePhoto d’archives NR, Philippe Nominé « Autant de CRS, de barrages, pour un président que l’on ne voyait pas, c’était un peu de la provocation… »

“ On n’a jamais vu Nicolas Sarkozy ”

Beaucoup d’ambiance, des rires car les manifestants étaient venus protester contre la politique du gouvernement ; des chansons, parfois drôles, animaient le défilé… Premiers affrontements, beaucoup de bruit pour… rien.
Après la manifestation, des jeunes ont brûlé une poubelle, et jeté des cailloux, dans le feu de l’action… des œufs, des bouteilles de bière… Nous étions dans la manif, nous ne sommes pas allés au collège l’après-midi : il fallait contourner les barrages, passer par la Maronnerie, ça fait plus long…
Et puis, pour une fois qu’il se passait quelque chose à Châtellerault… Pour notre classe, il n’y avait pas cours ce mardi après-midi-là… Nous avons jugé que la présence d’autant de CRS, de barrages, pour un président que l’on ne voyait pas, c’était un peu de la provocation… On a apprécié ce mouvement dans la Plaine, mais on n’a jamais vu Nicolas Sarkozy… Cela faisait beaucoup pour… rien.
Un mot pour les CRS Ce n’était pas contre eux, la rage, même si on avoue avoir du mal à voir en eux l’homme, derrière la police en charge de la sécurité des citoyens : c’était une rage contre Nicolas Sarkozy, de la part des manifestants. Les CRS ont reçu des œufs en faisant leur métier : protéger un homme d’Etat, que peut-être eux-mêmes n’apprécient pas…
Les CRS ont fait pitié à certains d’entre nous, car ils ne méritaient pas cela. Si certains ont menacé des adolescents, ceux-ci les avaient provoqués. Nous, on a reçu des bombes lacrymogènes, sur les pieds, dans les yeux, ça brûle !!!

Nawal, Myriam, Astan, Fanta, Julie, Raby, Fatima, Léa, Audrey, Zakary, Okkacha, Charlotte, Amandine, Maïly, Amrane, Gisela, Kholoud, Jérôme, Ibrahim, Aynou, classede3e1.

Sarkozy: «Je vais engager une lutte sans merci contre les voyous» Libération 22-04-09

22 avril 2009

ARTICLE + VIDÉOLa chef de l’Etat a dégainé ce mardi à Nice son plan anti-bandes, non sans se féliciter au passage de son bilan au ministère de l’Intérieur. Les principales mesures et déclarations.

Liberation.fr

Nicolas Sarkozy lors de la table ronde sur l'insécurité mardi à Nice.

Nicolas Sarkozy lors de la table ronde sur l’insécurité mardi à Nice.
(ERIC FEFERBERG / AFP)

A un mois et demi des européennes, Nicolas Sarkozy a ressorti son grigri sécuritaire. Un thème fétiche de l’ancien ministre de l’Intérieur et candidat à la présidentielle de 2007. En déplacement mardi à Nice – dont le député-maire Christian Estrosi est chargé de rédiger une proposition de loi sur les bandes violentes -, il a dit vouloir «engager une lutte sans merci contre les voyous et les délinquants». Malgré les accents volontaristes de son intervention, le président de la République a surtout énuméré des mesures déjà sur les rails.

Dans le cadre d’une table ronde sur «la lutte contre l’insécurité et les violences», Sarkozy s’est d’abord livré à un numéro d’auto congratulation. Façon, à l’approche des élections européennes, de tenter de montrer un profil plus avantageux que ses résultats en matière économique et sociale. Rafale de chiffres et de statistiques à l’appui, il a longuement vanté son bilan au ministère de l’Intérieur et égratigné, au passage, celui de la gauche, sous l’ère Jospin («toutes les réformes faciles ont été faites avant que j’arrive»).

«Je n’ai pas changé d’un iota»

Il s’est ainsi réjoui d’avoir fait passer le taux d’élucidation de «25% en 2002» à «38% en 2008», se fixant l’objectif de la porter prochainement à 40%. Et s’est félicité d’avoir décidé la publication mensuelle des chiffres de la délinquance dès 2002, d’avoir géré les émeutes urbaines en 2005, sans «aucun mort chez les émeutiers et les forces de l’ordre», ou encore d’avoir mis en place les peines planchers en 2007.

«On m’a fait tellement de reproches sur ce que l’on a qualifié d’obsession sécuritaire», fait-il mine de se plaindre, campant sur sa ligne de fermeté: «Je n’ai pas changé d’un iota et j’ai même l’intention que nous passions la vitesse supérieure.»

L’appartenance «consciente à une bande»: un délit…

Vitesse supérieure enclenchée grâce à la nouvelle panoplie sécuritaire contenue de la proposition de loi que doit déposer Christian Estrosi, confirmée aujourd’hui par Sarkozy et dont le Parlement devrait se saisir d’ici fin avril. Ce texte «fera de l’appartenance consciente à une bande un délit, passible jusqu’à trois années d’emprisonnement.» Anticipant les critiques, il a ajouté: «Je ne vois pas en quoi c’est liberticide d’interdire l’appartenance à une bande.» D’autant, selon le chef de l’Etat que «d’autres disent que c’est inefficace. Faut savoir!»

Selon le sociologue Thomas Sauvadet, cette mesure devrait poser des «problèmes méthodologiques», compte tenu du «flou» autour de la notion de «bandes» qui fait l’objet de «débats entre sociologues depuis une trentaine d’années». «Une bande n’est pas un gang comme aux Etats-Unis», met-il en garde, y voyant aussi «des réseaux de socialisation qui se structurent parfois autour de la délinquance mais pas forcément.»

…tout comme l’intrusion dans un collège

Dans le même registre, le chef de l’Etat veut faire un «délit» de l’intrusion dans un établissement scolaire. Une proposition aussi inspirée par une expédition punitive menée début mars dans un lycée de Gagny (Seine-Saint-Denis) par une vingtaine d’agresseurs cagoulés et armés. «Ceux qui se livreront à ce genre de sport (…) auront à en rendre compte devant un tribunal correctionnel. L’école doit être sanctuarisée», a asséné Sarkozy.

Arsenal anti-bandes toujours, le Président veut faire disparaître les cagoules des manifestations. Une interdiction envisagée par la ministre de l’Intérieur Michèle Alliot-Marie en début de semaine, en réaction aux affrontements lors du sommet de l’Otan à Strasbourg. «Si on manifeste, on manifeste à visage découvert, a tonné Sarkozy. Si on vient masqué ou avec une cagoule, ce sera un délit.»

Un texte sur la responsabilité des magitrats

Voilà pour le volet répressif. S’agissant du droit des victimes, Sarkozy a dit vouloir instituer à leur profit un droit à un avocat «dès la minute de l’agression» de la même manière que les délinquants ont «droit à la première minute dès l’ouverture de la procédure à un avocat». Sans préciser davantage comment cette mesure pourrait être mise en place.

Le chef de l’Etat a par ailleurs répété vouloir développer la vidéosurveillance, ainsi que les unités territoriales de quartier, qui ont succédé à la police de proximité.

Enfin, alors que le Conseil supérieur de la magistrature (CSM) doit se prononcer vendredi sur une éventuelle sanction disciplinaire à l’encontre de Fabrice Burgaud, le juge d’instruction de l’affaire d’Outreau, le chef de l’Etat a annoncé un texte sur la «responsabilité des magistrats», en prévenant: «Je ne laisserai pas des affaires comme Outreau sans réponse».

En vidéo, l’intégralité de la table ronde sur la sécurité, ce mardi à Nice, filmée par PublicSénat.

Sarkozy veut un avocat pour les victimes « à la minute » de l’agression NOUVELOBS.COM | 21.04.2009

21 avril 2009

« Il n’est quand même pas extravagant de demander que la victime soit traitée dans la même condition que le délinquant », s’est exclamé le chef l’Etat lors d’un déplacement consacré à la sécurité. 

 

Nicolas Sarkozy a demandé mardi 21 avril à Nice que soit examinée la possibilité pour une victime d’avoir « un avocat à la minute de l’agression », lors d’une table ronde consacrée à la sécurité.
Faisant valoir que les délinquants « avaient droit à la première minute dès l’ouverture de la procédure à un avocat », le chef de l’Etat a demandé que « l’on travaille pour savoir dans quelles conditions la victime pourrait être traitée aussi bien que le délinquant ».
Il a demandé également que l’on examine « dans quelles conditions on pourrait voir que la victime, elle aussi, ait le droit à un avocat à la minute de l’agression qu’elle subit ».
« Il n’est quand même pas extravagant de demander que la victime soit traitée dans la même condition que le délinquant », s’est-il exclamé. Il n’a apporté aucune précision à cette proposition.

Renforcer la législation contre les bandes violentes

Le président Nicolas Sarkozy s’est rendu ce mardi à Nice dont le député-maire Christian Estrosi a été chargé de rédiger une proposition de loi pour renforcer la législation contre les bandes violentes.
Le Parlement devrait, selon la volonté du chef de l’Etat, s’en saisir d’ici la fin du mois.
Le président en avait lui-même tracé les grandes lignes en déclinant seize mesures policières et judiciaires le 16 mars à Gagny (Seine-Saint-Denis), là-même où quelques jours plus tôt, un lycée avait été envahi par une vingtaine d’agresseurs encagoulés et armés de barres de fer, bâtons et couteaux.
Dans la même veine, après les violences en marge du sommet de l’Otan à Strasbourg, la ministre de l’Intérieur Michèle Alliot-Marie a transmis un projet de décret à Matignon pour interdire les cagoules dans les manifestations.

Les affrontements entre bandes auraient augmenté

Pour le président comme pour son Premier ministre, c’est donc un constat objectif qui motive ces multiples initiatives de renforcement du dispositif législatif en matière de sécurité.
Selon une note de la sous-direction de l’information générale (ex-renseignements généraux), les affrontements entre bandes ont augmenté de 11% entre décembre 2008 et janvier 2009, la majorité en Ile-de-France.
Un jour où il recevait à Matignon policiers et gendarmes pour les féliciter de leur travail, François Fillon, interrogé par la presse sur une possible instrumentalisation en plein marasme économique, s’en était vigoureusement défendu.
« Le fait même que la question » soit ainsi posée est la preuve irréfutable qu’ »il y a un problème culturel dans ce pays », avait-il vertement répondu, plaidant pour « une sécurité sans exceptions et sans concessions ».

« Exploitation de l’insécurité »

Mais l’opposition n’en démord pas: en relançant un thème très porteur dans l’électorat de droite sur lequel Nicolas Sarkozy a construit son ascension et assis pour partie sa campagne de 2007, le gouvernement veut, à deux mois des élections européennes, détourner l’attention des difficultés actuelles et masquer son impuissance à les résoudre.
Pour le PS, qui a déjà appelé à un vote sanction le 7 juin contre la politique de Nicolas Sarkozy, « à part l’exploitation de l’insécurité à des fins électorales, on attend toujours une politique qui lutte efficacement contre l’insécurité », argumente son porte-parole Benoît Hamon.
« Culot monstre », a rétorqué l’UMP Frédéric Lefebvre, assurant que « depuis 2002, la délinquance a baissé de 15% » et « l’efficacité de la police augmenté de 50% ».

Insécurité et immigration

François Bayrou pointe une « mise en scène à but électoral ». « Comme chaque fois que les résultats économiques ne sont pas là, ils mettent en scène des histoires sécuritaires », a assuré le président du Modem interrogé par l’AFP.
« Sarkozy avait fait de la question sociale son cheval de bataille, le fait qu’il revienne aux questions de l’insécurité montre son échec », estime de son côté Pierre Laurent, numéro deux du PCF.
Quant au Front national, s’il dénonce « le bilan déplorable » de Nicolas Sarkozy sur cette question, c’est pour mieux faire le lien avec l’immigration. « La carte de France de l’insécurité, je me demande si ce n’est pas la carte de France de l’immigration », a déclaré sa vice-présidente Marine Le Pen.

Policiers-étudiants : climat électrique NR 20-04-09

20 avril 2009

oitiers

La comparution immédiate de trois étudiants partiellement relaxés par la justice (1), vendredi, ne va pas apaiser les tensions entre ces derniers et une partie des policiers. Loin de là. Chacun semble ressorti du palais de justice renforcé dans ses convictions.

“ Criminaliser le mouvement ”

D’ailleurs, dès samedi soir, le comité interlutte86 auquel appartient l’un des trois étudiants poursuivis, réagissait dans un communiqué. Il pointait, en écho à la comparution immédiate de vendredi, les débats qui se sont focalisés sur les engagements politiques de l’un d’eux, Sami.

Convictions détaillées

En plus de l’exposition des faits reprochés, la comparution immédiate avait donné lieu à un examen détaillé de ses convictions et engagements. Un procédé déjà dénoncé à la barre par son avocate, avec à la clé deux incidents, l’un avec la présidente et l’autre avec le procureur. Le comité interlutte dénonce une « intention de les faire condamner et d’ainsi criminaliser tout le mouvement étudiant. […] Son engagement politique a clairement été rappelé par la justice. A charge, c’est inacceptable. »

Accusation similaire au printemps 2008

Au cours des débats, le tribunal avait ainsi rappelé que ledit Sami était sous le coup d’une procédure datant de mai 2008 – pour des jets de projectiles sur les forces de l’ordre – et qui doit être jugée en juin prochain par le tribunal pour enfants ; qu’il avait été interpellé récemment à Strasbourg lors des manifestations des opposants au sommet de l’OTAN ; et que vendredi matin le tribunal avait rendu un délibéré le condamnant à deux mois de prisons avec sursis pour une affaire de violence lors d’une soirée remontant à novembre dernier (2).
Le comité interlutte86 estime qu’il existe là une volonté affichée de « faire tomber des jeunes gens qui s’engagent pour une société plus juste, de criminaliser la digne contestation ». Une accusation déjà portée lors des manifestations lycéennes du printemps 2008.(1) Deux étudiants ont écopé de 40 h de TIG pour des dégradations, l’un d’entre eux a été relaxé des faits de violence sur un policier. Le troisième, poursuivi pour dégradation d’un bien d’utilité publique, a été relaxé.
(2) Son avocate a indiqué qu’elle faisait appel de ce jugement.

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